Omayra Sanchez

Le 13 novembre 1985 dans l’Armero, région de Colombie, le volcan Nevado del ruiz entre en éruption. Omayra Sánchez, petite fille de 13 ans se retrouve prise au piège dans l’eau, le béton et d’autres débris de sa propre maison. Elle agonisera pendant 3 jours (exactement 60 heures), avant de mourir. Le photojournaliste Franck Fournier la photographia peu de temps avant son décès; ce qui donna naissance à la célèbre photographie « L’agonie d’Omayra Sánchez ». La catastrophe d’Armero soulignera l’inaction du gouvernement colombien malgré des avertissements préalables qui laissait prévoir les évènements à venir, mais aussi le manque de moyens déployés par le pays pour aider les victimes.

Dans quelle mesure cette photographie incarne-t-elle aussi bien les enjeux de la situation colombienne que ceux de la catastrophe d’Armero ? 

Étant un pays peu développé, la Colombie bénéficie de peu de moyens, et encore moins dans les années 80. Ainsi, lors de l’éruption du volcan qui provoqua d’importantes coulées de boue, ce manque de moyens se fit d’autant plus ressentir à travers l’impuissance et la pauvreté des secours et de l’aide envoyés. Le manque de réactivité du gouvernement entraina de nombreuses morts qui auraient pu certainement être évitées. Lors de cette catastrophe naturelle, l’unes de ses victimes est devenue un véritable emblême : Omayra Sanchez.

Lorsqu’on observe cette photographie, ce qui accroche immédiatement l’oeil au premier plan, ce sont les mains d’Omayra. En effet, ses mains sont blanchies et fripées par l’eau, à tel point que le contraste que cela produit avec la couleur de son visage est marquant. On a presque l’impression que ce ne sont pas les mains de la petite fille. Ses mains illustrent d’une certaine manière ce qu’elle est en train de vivre, c’est même sur cette photo la preuve de son calvaire. Par ailleurs, on constate cette barre de bois à laquelle elle est accrochée à l’aide d’un simple bout de tissus, ce qui nous renvoie à la pauvreté des moyens déployés pour secourir les victimes. Ce bout de tissus avec lequel elle est attachée représente la fatalité de sa situation, c’est-à-dire qu’elle est totalement prisonnière de ces débris, qu’elle est condamnée à rester coincée.

La photographie a été prise de jour, et l’éclairage met en avant le visage de la petite fille. Sans même connaitre Omayra, on réalise immédiatement son très jeune âge, avec ses joues enfantines. Le fait que ce ne soit qu’une enfant accentue le côté dramatique de cette photographie. Le cadrage est pensé et il permet de voir l’eau dans laquelle est baignée Omayra. Une eau pleine de débris, de boue, une eau sale, qui souligne encore une fois la situation tragique dans laquelle l’enfant se trouve. On sait que de nombreuses personnes sont venues voir Omayra afin de la soutenir, et de lui parler durant ses 60 heures de calvaire. Cependant, le fait que la photographie ne fasse apparaitre personne d’autre que la petite fille permet en plus de mettre en valeur Omayra, d’augmenter l’impression que cette petite fille est seule face à sa situation. La photographie est prise de près, ce qui donne une impression de proximité avec la petite fille. Son visage demeure assez propre, malgré le fait que cela fasse pratiquement trois jours qu’elle se trouve bloquée dans cette boue et ces débris. La photographie montre la volonté de Franck Fournier de vouloir montrer la situation telle qu’elle est, sans artifice, sans mise en scène, et pouvoir ainsi dénoncer cela aux yeux du monde.

Notre regard, ayant tout d’abord été accroché par ses mains abimées par l’eau, il peut alors observer le visage de cette petite fille. Un visage dont la lumière marque d’autant plus les cernes. Omayra présente un air grave, et sur cette photographie on a l’impression que ses pupilles remplissent la totalité de ses yeux. Le regard de l’enfant fixe l’objectif avec une certaine intensité et une détermination, ce qui donne l’impression d’être regardé dans les yeux. Cependant, la petite a l’air d’accepter sa situation avec dignité, et Franck Fournier ne l’a pas immortalisé en train de pleurer, ou d’afficher un visage désespéré, comme on aurait pu l’imaginer dans cette situation.

On ne peut voir que sa tête, ses mains, ainsi que le début de son buste, sachant que le reste de son corps est bloqué et caché par les débris.

Cette photographie a fait le tour du monde après la mort d’Omayra Sanchez, et est devenue un véritable symbole de notre impuissance face à cette catastrophe. Elle a placé son public face à ce spectacle morbide, ce qui provoqua de nombreuses réactions. Aujourd’hui, Omayra est une véritable incarnation de la nature tragique de la catastrophe d’Armero. En effet, l’endroit où la petite fille est décédée est aujourd’hui devenu un sanctuaire où les gens peuvent se recueillir auprès de « Saint Omayra ». Par ailleurs, le photographe Franck Fournier a été récompensé en 1986, en recevant le World Press Photo.

Cependant, sachant que cette photographie a été prise quelques heures avant le décès d’Omayra Sanchez, elle a provoqué une polémique. En effet, beaucoup se sont indignés du caractère voyeur que pouvait représenter cette photographie. Il y a eu des émissions de direct à la télévision filmant l’enfant, des journalistes sont passés la voir… Omayra était alors à l’agonie, et l’attitude des médias face à l’enfant a choqué certains. Notamment, lorsque la télévision espagnole la filmait en continu, en train de pleurer et d’appeler sa mère. Cette surmédiatisation a alors était perçue comme une forme de voyeurisme. Franck Fournier a photographié Omayra, au moment où celle-ci vivait ses dernières heures.

Par sa photographie, Franck Fournier a alimenté la polémique autour des médias mettant en cause la frontière entre information et voyeurisme.

«L’agonie d’Omayra Sanchez » peut nous renvoyer à la célèbre photographie de Nick Ut :   capture-decran-2017-02-18-a-10-06-42« La petite fille du Napalm », qui avait également marqué le monde entier. Cette dernière avait été prise lors de la guerre du Vietnam, et on pouvait y voir des enfants, victimes innocentes de cette guerre, fuyant. Au premier plan de la photographie, une petite fille nue, Kim Phuc, court en pleurant. Cette dernière est nue car elle a été brulé, et la douleur et le désespoir se lit sur son visage. Un parallèle peut être établie entre ces deux photographie et ces deux petites filles, chacune victime impuissante et innocente, l’une de la guerre, l’autre de catastrophe naturelle.  Ce sont des « images chocs » qui ont toutes les deux incarnées des évènement marquants.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s